L'AUTEUR ET SON OUVRAGE,
PAR L'AUTEUR

LE CHEMINEMENT PROFESSIONNEL
J'ai vécu 13 ans en Colombie où j'ai travaillé
comme journaliste pigiste pour la presse écrite et radiophonique
française et étrangère: Le Monde, La Croix, l'Express,
Politique Internationale, La Presse (Montréal), Avvenimenti
(Italie), Página 12 et El Periodista de Buenos-Aires (Argentine),
Jaque (Uruguay), Latinoamérica Press (Pérou), en autres,
et Radio Canada, France-info, France Inter, France Culture ainsi que
les radios belge, suisse et RMC.
Mais, la collaboration qui m'a le plus apporté et préparé
pour écrire ce livre a été celle que j'ai faite
pendant 8 ans avec l'Observatoire Géopolitique des Drogues
-OGD- et dont j'ai été la correspondante pour la zone
andine.
Bien qu'inconfortable, le statut de pigiste m'a permis de garder une
liberté de mouvement que j'ai mise à profit : j'ai sillonné
et séjourné dans nombre de régions à la
rencontre de la vraie Colombie, des Colombiens comunes y corrientes
et des acteurs du conflit.
En amont de la plupart de mes collègues qui faisaient de rapides
aller-retour sur le terrain, moi, je m'y installais pour "vivre"
et "m'imprégner". Autrement, comment comprendre et
rapporter un témoignage authentique si je ne pénétrais
pas le quotidien, si je ne partageais pas les peurs et les espoirs
des personnages que je rencontrais : syndicalistes, sicaires, guérilleros,
petits paysans, prêtres, indiens, etc. Au-delà d'un quelconque
jugement, tous avaient une vie, une âme.
Prendre le temps, c'était se donner une chance d'atteindre
leur coeur.
Mais ce sont le travail et les enquêtes menés pendant
8 ans pour l'OGD, toujours under cover (instinct de survie obligeant
!), qui m'ont le plus plongée au centre du conflit, des ambitions
géopolitiques, des magouilles, des règlements de comptes,
des trafics d'armes, des mensonges et des trahisons, de la double
morale de nos pays occidentaux… en un mot : de la profonde nature
humaine.
Et au fil de ces enquêtes, j'ai aussi rencontré d'incroyables
et de saisissants morceaux de vie.
LE DÉCLENCHEUR
Mais ces morceaux de vie ne faisaient qu'alimenter ma hotte d'émotions
partagées.
Car, ni la nature géopolitiques des analyses que je me devais
de faire pour l'OGD, ni le désintérêt des grands
médias pour les "petites gens" ne me permettaient
de raconter et de transmettre.
La hotte me pesait de plus en plus et le besoin de raconter et de
faire comprendre la vraie réalité, qui se cachait derrière
nos approches médiatiques partielles ou pleutres sur la production
et le trafic de la cocaïne, devenait un réelle frustration.
C'est alors que, grâce à l'OGD, j'ai pu présenter
mon projet d'enquête à l'un des services de communication
de l'Union Européenne : remonter une filière de cocaïne
à travers les petits maillons de la chaîne. De la forêt
amazonienne aux narines parisiennes !
Le projet a été accepté. J'avais un budget.
L'enquête pouvait démarrer !
L'ENQUÊTE
Je ne partais pas de zéro !
Mes années de terrain, de vagabondages et d'analyses géopolitiques
m'avaient apporté un sérieux background.
Mais je devais aller à la rencontre de nouveaux personnages,
de nouvelles tranches de vie, de nouveaux pays.
Ainsi, je suis d'abord partie, sac en bandoulière, vivre plusieurs
semaines chez un couple de cultivateurs de coca. J'ai pris le chemin
du no man's land du Caquetá d'où j'avais été
expulsée manu militari, lors de mon dernier séjour,
après avoir été témoin d'un raid de l'armée,
digne du Vietnam, sur le village où se déroulait chaque
semaine le plus gros marché de la pâte base de cocaïne.
De retour à Bogotá, je passais les semaines à
recueillir des informations et à établir des contacts
avec les organismes officiels colombiens et des pays où je
comptais faire étape. Le bureau d'Interpol, alors dirigé
par des civils, m'a apporté une aide précieuse. Je consacrais
mes dimanches à visiter une quinzaine de mules africaines détenues
dans la prison de La Modelo. J'y retrouvais aussi un cadre de la guérilla
-FARC- fait prisonnier lors du raid de l'armée et avec qui
nous avions établi une relation d'amitié. Nos longues
conversations et la confiance qu'il me faisait, m'ont apporté
de nombreuses informations.
Puis, ce fut le départ.
L'Argentine où j'avais déjà vécu et
où après les visites aux polices et aux douanes, j'ai
retrouvé de vieux compañeros. Tous m'ont apporté
des informations officielles et officieuses sans lesquelles je ne
me serai pas réimprégnée de l'Argentine du moment.
Le Cap-Vert où la police et les douanes, flâtées
par mon intérêt et ma visite qui rompait leur immense
isolement, m'ont accueillie comme une "collègue"
et on tout partagé ! M'ouvrant même le coffre-fort des
saisies où était entreposées les briques de cocaïne
poinçonnées à l'effigie de leur propriétaire.
Puis, le Sénégal où un "vieux renard français",
conseiller à la direction des douanes, m'a pris en affection
et m'a embarqué avec ses hommes dans des opérations
de terrain. Je n'aurai pu rêver de meilleure "école"
et de meilleurs confidents pour connaître la vie souterraine
qui entoure le port de Dakar.
Enfin, après un plus bref passage par la Suisse, je suis
arrivée à Paris où mes collègues de l'OGD
ont partagé avec moi le fruit de leurs investigations françaises
et parisiennes.
L'enquête -complémentaire- était terminée.
Elle avait duré 3 mois.
L'OUVRAGE
Cet ouvrage est le récit en filigrane d’une héroïne
dont la véritable histoire n’a jamais été
racontée : LA COCAÏNE.
La cocaïne, cette drogue que l’on associe continuellement,
côté pile, aux grands cartels, aux narcotrafiquants latino-américains,
dangereux, au pouvoir et aux fortunes démesurés, aux
caractères teintés de tropicalisme, aux poitrines ornées
de lourdes chaînes en or tout comme les robinets de leurs somptueuses
salles de bain, aux jets-turbo et aux plus belles femmes.
Côté face, la cocaïne est un fléau contre
lequel nos gouvernements dépensent d’énormes budgets,
lançant leurs hordes de policiers qui travaillent sous couvert
pour réaliser des saisies spectaculaires ou à défaut
des arrestations de petits dealers. Une drogue qui «empoisonne»
notre jeunesse et dont les réseaux de fabrication et de distribution
s’appuient sur des personnages funestes et sans scrupules.
Mais ceci n’est pas l’entière la vérité.
Ce n’est que la vérité dont on nous abreuve
depuis des années par le petit bout d’une lorgnette surmédiatisée
et donc distorsionnée.
La cocaïne, comme tant d’autres drogues, qui enrichit colossalement
les narcotrafiquants, des banques, des usines de produits chimiques
et même certains gouvernements, ne peut être fabriquée,
transformée et transportée qu’en s’appuyant
sur la pauvreté et la misère de milliers de femmes,
d’hommes et d’enfants dont la vie, pour leurs employeurs,
n’a même pas la valeur d’un gramme de cette poudre.
De la forêt amazonienne en Colombie en passant par l’Argentine,
les Iles du Cap-Vert, le Sénégal, la Suisse pour aboutir
en France, cet ouvrage raconte l’histoire déchirante
des femmes et hommes qui en cultivent la feuille, la transforment
en pâte base puis en chlorhydrate et la transportent dans leurs
intestins ou cachée dans des valises.
Mais il raconte surtout les espoirs d’une vie meilleure dont
chacun d’entre eux a rêver en se lançant dans le
transport illégal et très risqué de la cocaïne.
Fanny et Rusbel, couple qui cultive les cocaïers avec l’amour
de la terre puis qui en extrait de la pâte base ; Edwin, qui
a perdu ses champs de caféiers après la rupture du pacte
cafetier, devenu raspachin, ramasseur de feuilles puis manoeuvre dans
un laboratoire de chlorhydrate ; Ben et Gidéon, jeunes mules
d’origine nigériane, émigrés à Dakar
encore enfant, dont l’un des deux transportera la cocaïne
dans ses intestins ; puis, Nguissa, lycéenne sénégalaise
et catholique qui pour fuir ce pays musulman tombera dans les griffes
d’un truand marseillais et transportera involontairement la
drogue jusqu’à Genève pour finir strip-teaseuse
alors qu’elle rêvait d’être mannequin.
On découvrira aussi à leurs côtés, les
dirigeant, les exploitant, les manipulant ou les réprimant,
un général colombien qui n’a pas vu tomber le
mur de Berlin et continue sa mission contre les rouges ; des guérilleros
communistes qui manient aussi bien la doctrine marxiste que les impôts
sur la drogue ; un missionnaire italien qui contre vents et marées
croit dans son œuvre pastorale ; d’impitoyables lieutenants
des narcotrafiquants ; un faussaire gabonais ; un truand marseillais
qui fait la traite de blanches pour des mafieux russes installés
en Suisse ; des revendeurs en gros installés à Genève,
leurs hommes de mains puis enfin, le but de ce macramé humain
: deux consommateurs type de cocaïne, deux parisiens branchés.
Basé exclusivement sur des cas réels, ce récit,
un document romancé, privilégie l’histoire des
maillons vulnérables des grandes filières plutôt
que celles des grandes figures mythiques du trafic de drogue. Il offre
aux lecteurs une approche -accessible à tous- de la géopolitique
des drogues. Il nous permet ainsi de découvrir les contextes
sociaux et économiques et les enjeux internationaux et militaires
des zones et des pays où sera fabriquée, transportée,
vendue et consommée notre héroïne : la cocaïne
!
Sylviane Bourgeteau
MULES
Les forçats de la coke
EXTRAITS
FANNY, CULTIVATRICE
LA RECOLTE
Fanny ajouta quelques poids de dix grammes. L’aiguille du cadran
s’équilibra enfin sur le centre.
- Cinq kilos sept cent quarante ! Hum ! Ça c’est une
bonne récolte, s’exclame-t-elle.
Puis, elle piocha une demi cuillerée de merca qu'elle maintint
au-dessus de la flamme d’une bougie. Si elle apportait de la
merca encore humide au marché de Remolino, les acheteurs lui
en feraient baisser le prix. Mieux valait apporter de la bonne marchandise.
En coiffant sa casquette Rusbel s'adressa à Fanny.
- Combien ça nous fait mami ?
- Cinq-kilos-sept-cent-quarante ! Tu t’imagines ! On a rarement
fait une aussi bonne récolte. Je crois que le mois prochain
on aura un réfrigérateur à gaz dans la cuisine
et quelques canettes de bière fraîche qui t’attendront
dedans !
LA SUBSTITUTION
- Le programme de substitution ! ! ! Tu rigoles ! Ça oui, on
entend la pub tous les jours à la radio mais on en n’a
jamais vu la couleur par ici. Pour sûr qu’ils sont bons
pour inventer leur tambouille politique dans leurs beaux bureaux de
la capitale et pour vendre leur magnifiques programmes à la
communauté internationale. Et par ici la bonne soupe ! Et les
millions qui tombent directement dans le tiroir-caisse, sans fond,
de la corruption. (…) Nous, on n’a pas seulement besoin
de cultiver autre chose que de la coca, on a besoin qu’on nous
subventionne le transport fluvial, l’achat de nos récoltes,
qu’on nous construise des routes, mais tout ça, c’est
pas prévu dans leurs programmes...
VEILLEE DE NOEL ENTRE CULTIVATEURS
- Nous sommes tous des colons, nous avons dû faire notre trou
dans cette satanée forêt à la sueur de notre front
et nous savons ce qu’elle nous a fait souffrir. (…)
- Moi, j’suis arrivé ici voilà plus de vingt ans,
reprend Don Hector, J’ai tout fait. J’me suis fait de
l’argent et j’me suis fait encore plus souvent rouler.
J’ai gagné et j’ai perdu ! Mais, j’veux profiter
de la parole que Doña Fanny m’a donnée pour vous
dire autre chose à laquelle j’ai beaucoup pensé
ces jours-ci, en écoutant la radio. Ce qu’il nous arrive
aujourd’hui dans le Caquetá, comme hier dans le Guaviare
et très certainement demain dans le Putumayo : c’est
d’la faute de ces sales gringos ! Ces Américains qui
dictent leur loi chez nous mais qui consomment toute la merca qu’on
fabrique.
A SON PETIT-FILS, PENDANT UN BOMBARDEMENT
- Ecoute-moi une dernière fois, et n’oublies jamais -une-
chose. Ne l’oublies jamais, en mémoire de ta grand-mère.
N’écoutes jamais celui qui possède plus que toi.
Ne l’écoutes jamais, il ne te dira que des mensonges.
Nous ne sommes rien, Andres.
Nous n’existons pour personne... personne...
Ne l’oublies jamais, chuchota-t-elle.
EDWIN, PAYSAN, RASPACHIN, OUVRIER D’UN LABO DE COKE
Depuis cinq ans, il travaillait comme simple cueilleur de feuilles
de coca, dans le Caquetá. Il avait laissé sa jeune femme
et ses vieux parents dans la petite ferme qu’il possédait
encore dans la zone cafetière.
En 91, après la rupture du pacte cafetier, la crise s’était
vite fait sentir. Entre la baisse de ses revenus et ses dettes contractées
au Crédit agricole, il s’était retrouvé
pris en étau.
Un jour, son ami Mario, de passage, lui avait parlé du Caquetá
et de la coca. Mario y travaillait depuis huit ans et assurait y avoir
trouvé sa chance.
- Là-bas, tu te loues à des patrons comme raspachin
et tu te fais plus d’argent que jamais tu n’en a jamais
fait avec le café, lui avait-il affirmé.
Au début, l’idée le révoltait. Il estimait
être un honnête travailleur.
Mais un soir alors qu’il ne trouvait pas le sommeil, angoissé
par cette vie sans aucun avenir, il prit la décision de partir,
de quitter Maria, ses vieux parents, sa région et d’accepter
l’offre de Mario.
AU MARCHE DE LA MERCA
(…)
Edwin, tremblant et mouillé jusqu'à la moelle, était
anxieux. Il espérait pouvoir toucher le salaire de sa dernière
récolte avant de partir à la cristalizadora.
LE LABO DE COKE : LA CRISTALIZADORA
(…)
Le labo comptait près de dix ranchos. Ils étaient construits
sur pilotis, à un mètre du sol, en madriers taillés
dans les troncs des arbres avoisinants.
Dès son arrivée, il fut prit en main avec les nouveaux
par un capataz, l’un des nombreux contremaîtres.
- Bien ! commença-t-il d’un ton sec et saccadé.
Vous travaillerez en équipes qui tourneront exceptionnellement
à une cadence assez pénible. On vous demande seulement
de travailler à plein régime et sans vous plaindre.
Buvez du lait régulièrement ! Ici, c’est l’antidote
contre les intoxications provoquées par les produits chimiques
que vous manipulerez à longueur de journée. Et pour
terminer, si l’un d’entre vous se sent mal, j’ai
bien dis : mal. Vous prévenez le capataz de votre ranch de
travail.
Maintenant, suivez-moi. Je vais vous emmener à vos postes.
TRISTE NOEL
(…)
Edwin avait travaillé toute la nuit jusqu'à l’aube.
Douze heures d’affilée !
Après un somme, il retourna au four à base.
Après quelques heures de dilution, de filtrage et d’essorage,
il sentit de nouveau la fatigue. C’était la valse des
kilos de cocaïne base qui passaient et se succédaient
à un rythme infernal dans les draps filtreurs.
(…)
Vers huit heures, ivre des vapeurs d’essence et d’acide
sulfurique, Edwin songeait pour la énième fois, le cœur
serré, à sa femme, à son fils et à ses
parents. Ils devaient être en train de réveillonner,
songeait-il.
LES CHICHIPATOS
Les guérilleros sondaient les visages inconnus cherchant à
découvrir les agents infiltrés par l’armée,
observaient le va-et-vient des commerces, la bonne marche des négociations
aux terrasses des tavernes, résolus à intervenir pour
maintenir l’ordre ou arrêter le trouble-fête, le
voleur à la tire ou le poivrot qui cherchait la bagarre. Ils
représentaient l’autorité dans le village et dans
la région, se substituant à l’Etat qui ne s’était
jamais donné la peine d’être présent.
(…)
Le long du mur, dans l’arrière salle de la taverne, des
centaines de kilos de pâte de coca étaient entreposés.
Le compañero Juan Miguel, capitaine des FARC-EP et responsable
de la comptabilité était accoudé sur une table.
Il faisait les comptes sur sa calculatrice et les comparait aux informations
transmises par son responsable de la merca. Effectivement, Don Enrique
avait acheté quatre cent cinquante trois kilos.
Il releva la tête vers le chichipato et lui transmis le montant
de l’impôt à payer.
(…)
Quelques minutes plus tard, la vedette du chichipato s’éloignait
à grande vitesse vers le sud, en direction du canal des Trois
Dauphins. Quatre gardes du corps scrutaient la forêt, les canons
de leur pistolets mitrailleurs pointés sur chaque rive. Une
embuscade était toujours à redouter.
(… voir encadré : Edwin)
On venait de se finir une tonne. Le soir, les mecs du labo, les mecs
armés quoi, emportent la marchandise en bateau par le canal.
Ils arrivent à Napoli, la piste clandestine, la même
qu’on utilise ici, et ils déchargent. La guérilla
était là, comme d’habitude. Les feux étaient
allumés le long de la piste, il n’y avait plus qu’à
attendre le coucou. L’avion, un King 300 à turbo, superbe,
tout neuf, arrive et atterrit sans embûche. Comme quoi, la technologie
américaine nous aide bien à exporter la coke !
Mais, là où ça se corse, c’est quand la
guérilla se rend compte que le pilote n’avait pas apporté
le fric pour l’impôt et qu’il croyait quand même
pouvoir repartir.
LES MULES
BOGOTA
Ils en avaient fait du chemin depuis le jour de leur première
rencontre sur le chemin de l’exil qui avait douloureusement
commencé plusieurs années auparavant du Nigéria
vers le Sénégal.
(…) le «gobage» des raisins, des saucisses puis
celui des capsules cocaïne était l’étape
pourtant indispensable et qu’il détestait le plus de
sa fonction de mule.
(…) En milieu d’après-midi, les boîtes de
capsules étaient enfin vides. Gidéon avait réussi
à en gober cent vingt. Son record.
(…) - Maintenant, pour conclure, si l’un d’entre
vous se fait arrêter en cours de route, il n’y a qu’une
règle d’or : le silence.
Vous vous faites condamner et vous purgez votre peine sans desserrer
les dents. Si jamais il vous vient à l’idée ne
de pas suivre ces règles, ce sont les membres de votre famille
qui auront à faire à nous.
(…) Comme à chaque voyage, ils redoutaient le pire. Les
suspicions spontanées d’un policier ou d’un douanier,
les questions insistantes et auxquelles il serait impossible de répondre
de façon cohérente, le ciblage effectué par les
agents en civil qui patrouillaient secrètement dans l’aéroport
et dont le travail était de détecter les passagers «
louches ». Mais, ils redoutaient encore plus le retournement
de veste d’un fonctionnaire corrompu qui pouvait décider
au dernier moment que les pots-de-vin qu’il percevait étaient
insuffisants et qui décidait de ne plus être aveugle.
(…) Vingt minutes plus tard, le vol d’Avianca décollait,
exceptionnellement ponctuel. Il était onze heures dix.
VOL BOGOTA-RIO-PRAIA-DAKAR/TERMINUS
- Ce matin, on attendait quinze types, des mules qui arrivaient de
Colombie. j’étais dans une maison au Point E avec un
collègue en train de préparer les chiottes, les seaux,
les laxatifs, les suppositoires à la glycérine, bref
tous ces trucs pour récupérer la came. Les types entrent
dans la maison et à peine ils ont passé le pas de la
porte que l’un d’entre eux qui avait vraiment une sale
gueule, blême et complètement en sueur, se plie en deux
de douleurs en se grattant tout le corps comme un fou et en hurlant
qu’il avait des vers qui lui grouillaient sous la peau. Aussitôt
j’ai compris que le type faisait une overdose.